Pompier ponoeuil (comme on dit chez nous, hamel...)

Bonjour tout le monde. A la vue des quelques statistiques que nous rend notre administrateur blog et des messages que vous nous laissez parfois, je sais que vous êtes pas mal à venir régulièrement nous offrir une petite visite virtuelle aux Philippines.
C’est cool, ça fait plaisir et on en a parfois besoin pour se booster le moral.
Bientôt trois mois d’absence… On fait parfois le décompte, en se rendant compte de la nature de notre engagement pour deux ans. Et parfois, on peut le dire : « Putain ! Deux ans, c’est long ! ».
Les deux dernières semaines ont été pour moi la période de prise du second souffle. Tel le boxeur qui, après le deuxième round, s’écroule pour se relever à temps, la force au ventre, avec la volonté ferme de vaincre à la fin du combat.
J’avais été prévenu lors de ma formation : la vallée des larmes n’est jamais loin et c’est parfois dur de prendre conscience de la réalité, la vraie, qui entoure notre nouvelle vie.
Trouver sa place au boulot et dans la communauté des volontaires, essayer de respecter et de se faire respecter, protéger son intimité, travailler dans le bruit et le mouvement, s’offrir de la détente et de la folie, réfléchir, s’introduire dans une culture et une façon de penser et de faire différente, remettre en question, hésiter, foncer, partager, être témoin d’un quotidien parfois difficile, rencontrer et aussi se disputer…Tout ça peut faire partie d’une première expérience de volontariat et si j’en parle là vite fait, c’est pour faire émerger tout ce que j’observe des choses qui se vivent en dedans. C’est important de dire, pour la distance qu’on s’oblige à prendre, comme le peintre s’arrêtant de dessiner pour observer l’avancement de son travail et y voir les modifications à apporter.
Pour le coup, il nous reste une toile suffisamment grande et un stock de peinture en conséquence…
Il y a plein de choses qui sont arrivées ces trois dernières semaines ; tellement qu’il a été difficile de vous écrire plus rapidement.
Un décès à Jade a plongé l’équipe et Virlanie dans un deuil soudain. Jimboy, 14 ans et bondissant, a fait un arrêt cardiaque le 11 novembre au matin. On pensera souvent à toi petit mec.
Avec l’équipe, nous l’avons veillé quatre jours et quatre nuits, à la philippine : nous rassemblant autour du cercueil vitré, parlant, échangeant, mangeant, jouant aux cartes ou aux échecs et dormant à tour de rôle sur place. Les funérailles ont eu lieux mardi passé, rassemblant une ribambelle de gamins et de proches de Jimboy et de Virlanie.
Mon travail continue son cours et je me rends avec plaisir tous les matins à Jade pour animer le groupe de résidents de la maison. Je commence à prendre mes marques dans l’équipe et ma réflexion sur ce nouvel univers professionnel s’affine de jour en jour grâce aux moments vécus avec les gens de la maison. Bien sûr, et comme dit dans les précédents messages, c’est un peu comme se retrouver stagiaire dans une structure ou l’on a tout à apprendre. Il faut pouvoir observer, analyser, interagir, respecter des manières de faire qui ne seraient pas de prime abords les miennes, impulser une dynamique au quotidien avec mon groupe d’enfants et d’adolescents et surtout partager le quotidien…
Pour le moment, je fais des petits ateliers chaque matin pour m’apprendre a connaître et sentir la manière dont les bénéficiaires peuvent s’adapter ou non à tel ou tel type d’animation dans tel ou tel groupe donné. Il va falloir que je sois créatif et que je dépasse le simple cadre de l’animation occupationnelle.
Tous les après midi, on se rend à la salle de sport de Virlanie pour faire des jeux et des exercices physiques ou de relaxation. Nous travaillons également avec un groupe de 8 personnes de Jade sur une session hebdomadaire de Taekwondo qui se révèle pleine de promesse.
Samedi dernier le bidonville derrière chez nous s’est enflammé pendant qu’on se dorait le mou à Mindoro… On était peinard pour un long week-end farniente, cocktail à la ma main après une séance magnifique de snorkeling dans les fonds marins, entamant une partie de billard sur la terrasse couverte du ressort… Le tout baigné d’une douce lumière de soleil couchant… Et patatras un p’tit coup de téléphone nous annonce le cramage imminent de notre maison de volontaires et nous demande qu’est ce qu’on veut sauver… Heu, pour le coup, là dans l’urgence, on se contentera de l’ordi et des papiers, pour le reste on fini le cocktail et on verra plus tard… Notre maison n’a pas brûlé, sauvée par le haut mur de notre cour arrière. On s’en sort bien et en tous les cas, merci aux volontaires qui ont couru avec nos affaires pour sauver ce qui pouvait l’être au cas ou…
On s’en sort bien… Mais c’est à croire que c’est toujours les mêmes qui trinquent… A notre retour, le lendemain, nous avons découvert notre rue transformée en camps d’accueil pour les victimes de l’incendie. Des gens qui vivaient dans Sing kamas (nom du bidonville) et dont les maisons de tôle et de bois se sont désintégrées dans le brasier en une vitesse folle.
Actuellement, des familles vivent encore sous des tentes dans la rue attendant que leur sort soit statué. Apparemment, le terrain qui servait de lieux de construction et de vie pour tout ce petit monde va être récupéré pour y construire une grande galerie commerciale qui, dans le paysage de cette ville en hyper croissance économique (comme y disent), fera bien mieux qu’un millier de pauvres dans des maisons en carton. Ceux-là, faut les virer…
L’incendie donne l’impression d’avoir été une belle aubaine pour certains… Mais pour beaucoup d’autres, c’est de nouveau repartir du zéro pour aller péniblement jusqu’au demi.
Virlanie reloge actuellement une trentaine de familles et est toujours active actuellement sur certaines réponses d’urgence liées à ce dramatique événement.
Pour finir disons qu’après ça, on se relativise et on s’dit que parfois on ferait mieux de la fermer avant de se plaindre…


Notre maison, c'est celle a cote du poteau electrique...
Voilà, je termine cette petite bafouille en vous saluant toutes et tous et en vous rappelant qu’on pense souvent à vous là-bas au loin dans le froid de l’hiver qui arrive à grand pas.
Ce soir, billard en équipe philipino-européenne et wocknwolllllllllll !!!!!!!!!!!!!!!!!!
Bises
Ludo